Les Français pessimistes sur l’issue du match France – Allemagne

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« Le football, c’est un jeu avec 22 hommes qui courent après un ballon pendant 90 minutes et à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent » disait le footballeur anglais Gary Lineker… Alors que les Bleus doivent jouer ce mardi leur premier match de l’Euro contre la Mannschaft, les Français croient-ils à leurs chances de victoire contre cette équipe multi-championne d’Europe et du monde qui leur infligea, pendant des décennies (1958-2016), défaites sur défaites en compétition internationale ? Les Français pensent-ils d’ailleurs que l’équipe de Deschamps va réussir à se sortir de ce terrible « groupe de la mort » qui l’oppose également au Portugal et à la Hongrie ? Enfin, suite à la performance d’Olivier Giroud contre la Bulgarie qui l’a remis en selle face à Karim Benzema, quel est, entre ces deux grands « rivaux » du foot français, celui qui leur paraît le mieux à même d’occuper le poste d’avant-centre des Bleus ?

Pour répondre à ses questions, France-Pronos.com a commandé à l’Ifop une enquête auprès d’un échantillon national représentatif de 1 500 Français qui s’avère riche d’enseignements :

Quand le spectre de Séville hante encore les esprits… des Français pessimistes sur l’issue du match France / Allemagne

Aux yeux des Français, les Bleus sont loin d’être les favoris du choc prévu face à la Mannschaft, ce mardi, pour leur entrée en lice dans le tournoi : 41% des Français pronostiquent une défaite de l’équipe de France contre le triple vainqueur de la compétition, soit une proportion deux fois plus élevée que le nombre de Français (22%) croyant à une victoire des bleus. Les autres personnes interrogées (37%) pensent, elles, que ce match se soldera par un match nul comme ce fut le cas lors de leur avant-dernier match contre les allemands (Ligue des nations, 6 septembre 2018).

Mieux informés des difficultés actuelles de l’équipe d’Allemagne – qui a connu récemment plusieurs défaites symboliques (6-0 contre l’Espagne en novembre 2020, 2-1 contre la Macédoine en mars 2021), les amateurs de foot envisagent, eux, plutôt un match nul (43%) tout étant sensiblement plus nombreux à pronostiquer une victoire (34%) qu’une défaite (23%) des bleus contre la Mannschaft.

LES PRONOSTICS DES FRANÇAIS POUR LES MATCHS selon l’intérêt pour le football

L’analyse du profil des Français pronostiquant une (nouvelle) défaite des Bleus face à la Mannschaft montre que leur jugement prend sans doute en compte la longue suite de victoires que les Allemands imposèrent aux Français en compétition internationale durant plus de 50 ans (1958-2016). Le spectre de la terrible défaite de la France contre l’Allemagne à la Coupe du monde 1982 – et de « l’attentat commis contre Patrick Battiston par le gardien de la RFA de l’époque Harald Schumacher – hante ainsi les esprits des plus âgés. A l’inverse, les jeunes de moins de 25 ans, sans doute plus marqués par la victoire française à l’Euro 2016, s’avèrent deux fois moins nombreux (26%) que les seniors (44%) à pronostiquer une défaite.

Pour le reste, on retrouve dans le profil des Français pronostiquant une défaite des Bleus ceux qui ont, plus largement, une faible empathie pour l’équipe de France, en premier lieu desquels les sympathisants d’extrême-droite (55% des sympathisants RN) qui sont aussi ceux qui globalement ont le moins de sympathie pour une équipe au profil très diversifié sur le plan ethnique et culturel. Il apparait dès lors que la vision des futurs résultats des Bleus dépend de critères d’ordre politique ou identitaire bien plus vastes qu’un jugement strictement footballistique.

Les Français se montrent en revanche beaucoup plus optimistes sur l’issue du match des Bleus contre le Champion d’Europe en titre, Portugal : 38% des Français pronostiquent une victoire de l’équipe de France contre le vainqueur de l’EURO 2016, contre 23% qui croient à une défaite des bleus et un tiers (34%) qui pensent ce match se soldera par un match nul. Quant à aux amateurs de foot, ils sont une majorité à pronostiquer une victoire (55%) des bleus contre la sélection portugaise.

Un pessimisme pour le 1er match qui n’entache pas un certain optimisme dans leur chance de victoire finale

Il est vrai que le pessimisme des Français vis-à-vis du premier match de l’équipe de France n’entache pas leur pronostic final.

Malgré les chocs prévus contre l’Allemagne et le Portugal dès les matchs de Poules, rares sont les Français à envisager une défaite dès la phase de groupe (3%, contre 1% chez les amateurs de foot). Environ un sur trois (32% chez l’ensemble des Français, 38% chez les amateurs) estiment en revanche que les Bleus seraient battus dans les phases finales de la compétition.

Près de la moitié des amateurs de foot (45%) – contre un peu moins d’un quart des Français (22%) – estiment que l’équipe de France sera « championne d’Europe » le 11 juillet prochain, soit une proportion deux fois plus forte que ce que l’Ifop pouvait observer quelques jours avant le lancement du dernier Euro en 2016 (18% chez les amateurs de foot, 8% chez l’ensemble des Français).

Ainsi, si le match France/Allemagne est perçu par les Français comme une difficulté pour l’équipe, cela n’empêchera pas une conclusion en apothéose pour beaucoup d’entre eux.

LES PRONOSTICS DES FRANÇAIS POUR l’ISSUE DU TOURNOI selon l’intérêt pour le football

Des Français très partagés sur le choix entre Giroud et Benzema pour le poste d’avant-centre

Pour le premier match des bleus de cet Euro contre l’Allemagne, qui de Giroud ou de Benzema sera l’avant-centre titulaire ? En effet, si le retour du madrilène au sein l’équipe de France avait clairement remis en cause la place d’Olivier Giroud comme titulaire à la pointe de l’attaque tricolore, l’excellente performance de l’ex-montpelliérain lors du second match de préparation des Bleus une a amené certains à se reposer la question de celui qui devait être l’avant-centre titulaire. Or, sur ce plan, l’avis des Français sur le sujet s’avère des plus partagés… Les Français souhaitant que le poste d’avant-centre des bleus revienne à Giroud sont effectivement aussi nombreux (45%) que ceux qui pensent qu’il devrait revenir à Benzema (46%). Chez les amateurs de foot plus au fait du niveau actuel des deux attaquants, le madrilène (62%) devance en revanche très nettement le joueur de Chelsea (35%).

LE CHOIX DU MEILLEUR AVANT-CENTRE ENTRE O. GIROUD ET K. BENZEMA

L’analyse des résultats confirme quant à elle que le choix entre ces deux grands « rivaux » du foot français s’avère surtout fondé sur des considérations extra sportives. Présenté par des personnalités influentes sur les réseaux sociaux (ex : Belattar, Booba…) comme la victime d’un racisme lié à ses origines ethniques (« maghrébin ») ou sociales (« jeunes des cités »), le madrilène dispose ainsi d’un soutien massif des minorités – 79% par les musulmans, 59% par les personnes perçues comme « racisées » –  et des Français situés à la gauche de la gauche (66% chez les sympathisants LFI). A l’inverse, le choix d’Olivier Giroud est plus porté par les Français d’extrême droite (55% chez les sympathisants RN) et les personnes se percevant « non racisées » (50%). Dans ce « match » pour la place d’avant-centre, le choix des Français semble s’opérer ainsi beaucoup sur des critères très « politiques » et « identitaires ».

LE CHOIX DU MEILLEUR AVANT-CENTRE ENTRE O. GIROUD ET K. BENZEMA selon les caractéristiques politiques, idéologiques et identitaires

Très révélatrice des fractures identitaires actuelles, la profondeur du clivage « Giroud-Benzema » tient probablement à l’image clivée que le madrilène a pu renvoyer ces dernières années. Apparaissant comme un symbole d’une jeunesse des cités discriminée à cause de ses origines, Karim Benzema constitue clairement « une figure d’identification auprès d’une certaine fraction de la jeunesse de cité » qui souffre à la fois d’un sentiment d’exclusion et de discrimination. A l’inverse, pour toute une autre partie de la population, il incarne l’image sociale du « bad boy » qui n’a « pas la légitimité à porter le maillot de l’équipe de France et [à] représenter dignement le pays » (Akim Oualhaci &, Stéphane Beaud, « L’affaire Benzema remise en perspective», La Vie des idées, 8 mars 2016).